Staten Island. Un petit bout de terre entouré d'eau. Un petit endroit paumé, au charme énigmatique pour moi. Dans le sens ou je ne comprends pas vraiment ce qu'on peut lui trouver. Pas très grand amateur de paysages, j'aime mieux aller me terrer au fin fond d'une salle de cinéma si je désire sortir et que je suis dans ce genre d'état d'esprit... Lequel ? Celui ou je n'ai pas envie de sortir, pas envie de me presser contre qui que ce soit, juste envie d'aller faire un tour, seul, un tour quelque part sans rien autour. Je suis juste en recherche d'un peu de paix. Staten Island n'est pas l'endroit ou je me serais rendu, mais je n'ai pas le choix, j'ai un exposé à faire sur ce charmant coin. Pourquoi celui-là ? Il y a tant à voir a NY! Je ne sais pas. Peut être que cela m'apparaitra de façon limpide une foisq ue j'aurais posé pied sur ce petit continent. Je n'en meurre pas d'envie, mais d'un autre côé, je n'avais nulle part ou aller ce week end, et je m'étais résigné à passer celui-ci dans ma chambre, tel une limace atrophiée, à m'engraisser de diverses choses peu ragoutantes et très grasses, en regardant la télé. Des émissions de téléréalité débiles, c'est le mieux, dans ce genre de moment. Je m'endors toujours très vite, en regardant ça. Mais non. Le destin en a décidé autrement.
Enfin, la surveillante qui m'a surpris sur le toit du lycée. Elle à d'ailleurs été magnanime: j'aurais pu écoper de deux heures de colles facilement. Avec ce devoir, je m'en sort bien. Et je sais que je ne suis pas le seul à le faire, ce qui m'incite à l'effectuer. J'aime avoir la meilleure note. Je ne dirais pas que j'y vais avec entrain, mais ce n'est pas non plus en traînant les pieds. C'est une belle journée, alors pourquoi pas. Je baille et m'étire. Je me suis réveillé tôt. Me lever tôt ne me gêne pas. Cependant, je suis quelqu'un qui dort beaucoup, hors, si je me lève à 8 heures, il est forcé que je m'endorme à plusieurs reprises au cours de la journée. Grande chance: nous sommes Dimanche ! Je m'arrète en arrivant près du port et entre dans une boulangerie, prenant de quoi survivre: meringues et macarons. La mer, ca creuse. Je ne voudrais pas mourir d'inhanition pendant ce long trajet. Sans rire, il doit y en avoir pour au moins 20 minutes de bateau.
Le bateau-mouche se profile. J'ai toujours aimé ce genre de bateau là. les chaises sur le toit me plaisent beaucoup. Il y a deux étages, mais je sais déjà que je vais aller tiout en haut; Je m'engouffre à la suite des passagers une fois le feu vert donné, et sans hâte, observe la mer tandis que des jeunes se jettent sur les laces de devant, housillés par quelques adultes que cette attitude incommode. Le bateau démarre, et je chancèle. Je regarde autour de moi. Trovuer une place ne sera pas aisé. Tant pis, je suis quelqu'un de sociable, je squatterais à côté d'une personne seule. J'observe les prétendants au titre de compagnon de voyage. Des vieux des vieux, un jeune boutonneux, et une damoiselle... Va pour la damoiselle. Je m'assois donc près d'elle sans cérémonie. J'observe l'eau sombre autour de nous et sourit. J'ai toujours aimé la mer, l'eau. Nager et une activité que j'adore, même si depuis que je suis arrivé à Ereve, je n'en ai pas eu la possibilité. Enfin, adorer... J'aime ca. Je préfère de loin une longue douche bien chaude. Ca me fait penser à mon colocataire, dont je n'ai encore jamais vu le visage. Je rentre toujours trop tard, monsieur dors ou est absent, aussi n'ais-je, depuis que je suis là, que très peu croisé celui-ci. J'ai bien entrapercu son corps emmistouflé dans sa couette une ou de fois, mais l'état cotonneux dans lequel je rentre m'interdit toute analyse de la chose: impossible seulement de dire s'il est blond, châtain ou brun.
Je remontais le col roulé que je portais, la bise marine s'étend levée, comme nous nous éloignions des quais. J'ai prévu, pour aujourd'hui: ne sachant pas exactement ou nous allons, j'ai enfilé un jan délavé auquel je ne tient pas trop, à la mode parait il: il est troué et rapé a divers endroit. Enfin, ce n'est pas un effet de style, ces trous là, je les ai fait en tombant. J'aime m'habiller bien, et chez moi, bien signifie pas de trou. Pour aujourd'hui, ca ira. Le jean gris sombre va bien avec le pull à col roulé noir et strié que je porte. J'ai complété avec une paire de Rangers, prévoyant de marcher beaucoup. Ca m'a fatigué, rien que de les enfiler. Mais bon. Je suis du bon pied.
Le bateau tangua, et je souris, les yeux fermés. Le cri de la jeune fille assise à coté de moi et surtout ses mains qui venaient de m'aggriper me fit ouvrir les yeux, après un sursaut. Je la regardais avec une insistance due au choc, surpris. Et je la regardais enfin. C'est à dire qu'après m'être assis, je ne m'étais pas pré occupé d'elle un seul moment. Je fus etonné par son air jeune, je l'imaginais de mon âge. Bon en même temps, j'avait toujours été incapable de donner un âge aux asiatiques, filles ou garcons confondus. Elle était peut être aussi âgée que moi. Elle avait les yeux fermés, tout crispés, et ses doigts ne l'étaient pas moins. Elle enfoncait allegrement ses doigts dans la peau de mon bras. Je me ressaisis, et lorsqu'elle leva les yeux vers moi, se mordillant la lèvre, et s'excusant, je lui souris et lui ebourriffa les cheveux. Elle avait un léger accent, on aurait dit une fillette. Qui ne c'est jamais extasié devant la bêtise dun enfant et son petit air penaud? Que les hypocrites passent leur chemin. Je sais que vous y êtes tous passés, à un moment ou un autre. Le bateau tangua encore et je la sentis resserer son etreinte autour de mon bras.
"Hey!"
Je n'avais pas dit ca fort, inutile de lui mettre plus les jetons qu'elle ne les avaient déjà. J'attrapais la main sur mon bras et en défis les doigts. Elle tenta de s'accrocher, probablement influencée par la panique. Je réussi néemmoins à me dégager, serrant sa main entre les miennes, pour qu'elle puisse me tenir toujours, sans pour autant me charcuter. Elle était mignonne certes, mais comme toutes les mignonnes petites créatures, elle avait des griffes. De jolis ongles, mais un peu agressifs, selon l'utilisation qu'on en faisait. Elle leva les yeux vers moi. Je parle d'une voix calme, histoire de tenter de la rassurer un peu.
"Reste calme, ce n'est rien. Le bateau est solide. Je veux bien que tu me tiennes la main, mais respire."
Je sers sa main gentimment et poursuis:
"Je m'apelle Gin, et toi ?"
Bon, me voila en train de faire le bon samaritain. Je vais lui parler pour qu'elle se détende. Elle à l'air légerement crispée. Ah, j'aime l'ironie. Va-t-il seulement me rester des doigts? Ces vingt minutes risquent d'être longues. Tant pis. Ses allures de poupée de porcelaine m'attendrissent bien malgré moi. Son visage rond et un peu enfantin me fait sourire. Je lui fais un grand, beau sourire. Je suis foutu. Foutu. C'est permis d'avoir un minois comme celui-ci, dites?
____________________________________
"Gini - La plus chaude des boissons froides" Hanazawa Soijiro & 1 rose de Maeko ♥
idea © Lady Silly